La veuve Clicquot: une femme de caractère hors de sa bulle

La veuve Clicquot est sans doute l’une des première femme entrepreneuse de son siècle. Elle marque l’histoire du vin en se plaçant à la tête de la maison de Champagne de son défunt mari.

Mots de l’auteure : Chaque femme et homme qui compose le bureau du Décanté est semblable à une bulle dans une coupe de Champagne : Singulière et essentielle. Après avoir parlé d’un homme de Bourgogne je veux tirer le portrait d’une femme de Champagne. Par soucis de parité ? peut-être. Je vous souhaite une bonne dégustation.

Champagne ! Les commerces commencent déjà à nous rappeler que les fêtes de fin d’années arrivent. Que choisir pour accompagner ces festivités ? Pour les plus chanceux d’entre nous ça sera du Champagne Veuve Clicquot. Connaissons seulement l’histoire qui se cache derrière cette étiquette jaune bien identifiable ? Nous devrions. Car l’évolution de la maison de Champagne est liée à cette femme de caractère qu’était Barbe-Nicole Clicquot Ponsardin.

La maison Clicquot est fondée en 1772 par Philippe Clicquot en Champagne. Cet homme est un riche négociant issu d’une famille de banquiers. Fortuné et amateur de vin, il décide de dédier une partie de son activité à l’exploitation de ses vignes situées non loin de Reims. Son fils François Clicquot hérite du domaine et de la passion de son père. Il épouse la fille d’un riche négociant spécialiste du textile, une certaine Barbe-Nicole Ponsardin. Ces jeunes propriétaires de vignes champenoises affirment assez rapidement leurs ambitions internationales dans la vente de leur production.

Malheureusement, François Clicquot meurt prématurément en 1807. A cette date, sa veuve n’est âgée que de 27 ans. Deux choix se présentent alors à elle : vivre en rentière, jusqu’à la fin de ses jours, comme les autres femmes de son époque ou reprendre les rênes de la maison Clicquot et honorer la mémoire de son mari. Elle choisira la seconde option et se hissera à la tête d’un empire viticole aujourd’hui encore célèbre.

La veuve Clicquot, une femme hors du commun

Être une femme de l’aristocratie au XIXe siècle n’est pas une mince affaire. Barbe-Nicole Clicquot Ponsardin démarre pourtant avec un avantage face à ses paires féminines : son père.  En effet, ce dernier pratiquait le négoce dans un temps de crise politique assez intense. Entre la Révolution et les luttes pour le pouvoir qui ont suivi ces événements, il pouvait être compliqué de faire des affaires. Or le Baron Ponsardin avait la capacité de se situer dans le camp de la majorité, quoi qu’il arrive. Cette agilité n’a sans doute pas échappé à sa fille qui aura, dès le début de sa vie, un modèle de haut vol dans le domaine des affaires.

Sensibilisée dès le plus jeune âge aux stratégies commerciales et à la politique, Barbe-Nicole Ponsardin représente un avantage de taille pour la famille Clicquot. Lorsque Napoléon Bonaparte se hisse au pouvoir, en 1807, elle perd son mari prématurément. Pleine de ce que l’on appelle aujourd’hui la « résilience », elle décide de porter haut les ambitions qui animait François Cliquot. Barbe-Nicole s’affirmer donc dans un paysage très masculin de propriétaire viticoles. La désormais « veuve Clicquot » transformera ce statut et par la même son deuil en une force inépuisable.

A l’âge de 27 ans la veuve Clicquot bouleverse les codes de sa classe sociale et de la société. Elle s’entoure des hommes les plus talentueux et visionnaires dans le commerce des vins et spiritueux. Elle œuvre au développement de liens forts avec les pays étrangers, comme la Russie, où elle parvient à faire acheminer des caisses au Tsar alors que les guerres font rages dans toute l’Europe. La veuve s’intéresse à la science et cultive sa curiosité dans le domaine de la vinification jusqu’à apporter de nombreuses réponses aux problématiques des viticulteurs.

Innovation, mot d’ordre de la maison Clicquot

Curieuse de nature et au plus proche de ses vignes la veuve Clicquot identifie de nombreux freins dans l’activité vigneronne. Elle innovera donc en apportant des solutions, aussi bien dans la technique que dans la notoriété, celle de sa maison et de son domaine d’activité.

En effet, trois ans après le décès de son mari elle développe le premier Champagne millésimé jamais créé. Cette démarche permet de rehausser le cachet de la marque mais également celui du produit. Le Champagne de la veuve Clicquot répond ainsi aux mêmes codes que les autres vins de France et d’ailleurs. De nos jours, inscrire le millésime sur un Champagne ne se fait que pour les produits d’exception. Ainsi la veuve est-elle visionnaire sur ce premier point, en assurant à sa marque une image de grande qualité. Plus encore, pour se distinguer des autres maisons de Champagne elle et son conseiller Louis Bohne, décideront d’innover dans les couleurs des étiquettes. Le détail, jaune, marquera les esprits et participera à une réelle identification de la maison.

La veuve Clicquot, consciente de la difficulté de proposer des Champagnes d’une qualité invariable à ses clients, se penche sur la technique de fabrication. Le constat est assez trouble. Elle remarque que l’environnement dans lequel les bouteilles vieillissent n’est pas forcement adéquat. Très rapidement, en 1816, elle innove en développant le système des tables à remuage qui permettent de clarifier le vin. Ce support est encore utilisé aujourd’hui, pour faciliter la vinification du Champagne.

L’héritage féministe d’une valeur inestimable

La veuve Clicquot vivra 88 ans d’innovation et de combat pour s’affirmer et être reconnue comme l’égale des autres propriétaires de Champagne. Son décès attristera toute la région et l’hommage à cette grande dame sera sans pareil. Son héritage féministe est de nos jours encore une inspiration.

Si la veuve Clicquot est la première femme d’affaire à diriger une maison de Champagne elle sera très rapidement suivie par d’autres. Nous pourrions ici citer la Madame Pommery par exemple ! La marque aujourd’hui appartient à la maison LVMH qui met un point d’honneur à perpétuer les traditions de la marque. En 1972 est créé un prix en hommage à la Veuve Clicquot. Le prix de la Grande Dame a pour but de récompenser les femmes d’affaires qui brillent par leur engagement et leur esprit d’innovation.

A un autre niveau, la Veuve Clicquot inspire des associations internationales de femmes liées à la viticulture comme Women do Wine. Les amateurs et amatrices de vins, professionnel(le)s ou non ne peuvent que saluer ce combat social que la veuve Clicquot a mené de front à une époque où la femme peinait à se faire entendre.


En conclusion, la Veuve Clicquot, courageuse, curieuse et visionnaire aura contribué à de nombreuses avancées dans le domaine de la viticulture et dans l’approche générale de la femme. Elle est un moteur et un modèle pour de nombreuses femmes entrepreneuses de la vigne et a marqué l’histoire du vin en profondeur. Alors, n’oubliez pas au moment des célébrations de lever votre coupe et de penser à cette Grande Dame tout en trinquant avec vos proches.

 À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin

Victoria / part de l’ange

Philippe II le hardi – Duc de Bourgogne entre politique et viticulture

Philippe II le hardi – Duc de Bourgogne entre politique et viticulture

Entre politique et viticulture, Philippe II, dit le hardi marquera l’histoire viticole française durant son règne, de 1363-1404. 

Mots de l’auteur: C’est parce que les trois quarts de l’équipe 2019-2020 du Décanté sont originaires du Beaujolais que je voulais débuter par un pied-de-nez. L’histoire du cépage phare de leur région, le gamay, est intimement lié aux décisions politiques de Philippe II le hardi, que nous découvrons ici.

🎙 Écouter ici : Philippe II, entre politique et viticulture

by Part de l'Ange | portrait de ces personnes qui ont marqué l'histoire du vin

Philippe II le Hardi, entre politique et viticulture

Les ducs de Bourgogne sont connus en France et à l’étranger. Leurs actes permettent, tout au long du 14ème siècle, d’écrire une partie de l’histoire du pays, d’en délimiter ses frontières mais également de faire rayonner ses richesses viticoles. En effet, les Valois sont de parfaits ambassadeurs et promoteurs des vins de Bourgogne. Cette notoriété bourguignonne est telle que l’on servira sur la table des papes, des rois et de la noblesse du vin de Bourgogne. Philippe II marque l’histoire d’une région qui ne lui était initialement pas destinée. Grâce à son esprit visionnaire, il redéfinit les exigences des pratiques viticoles de la Bourgogne et érige ces vins sur les tables des plus hautes sphères européennes.

Philippe II, entre royaume de France et Bourgogne

Philippe II, est le dernier des quatre enfants de Jean de France et Bonne de Luxembourg. Ce jeune homme prometteur se fait connaitre, dans un premier temps, pour avoir participé à la bataille de Poitiers (1356) où il s’illustre par son courage. À l’âge de 14 ans seulement il est fait prisonnier de l’armée anglaise. Lorsqu’il revient en France il se voit affublé du surnom de «Philippe II, le hardi», remplaçant son ancien titre de «sans terres». Sans terres, en réalité, il ne l’était pas vraiment. Il doit en effet devenir roi de France au décès de son père. Or, après de nombreux déboires politiques, il obtient plutôt en apanage le duché de Bourgogne. Il devient donc, à sa majorité en 1363, le chef de tout le territoire bourguignon de l’époque. Ce dernier s’agrandira par ajout des terres apportées en dot par la femme de Philippe le hardi, Marguerite III de Flandre.
Décanté x Part de l’angeLa Bourgogne, grâce à cette famille, gagne en puissance et n’a de cesse de se distinguer par de nombreux actes de gestion administrative, fiscale, politique et surtout viticole.

L’exigence bourguignonne de Philippe II le hardi

Alors que son territoire ne fait que s’agrandir, Philippe II le hardi décide de réglementer les pratiques de la viticulture. Son ambition est simple: faire en sorte que la Bourgogne produise les meilleurs vins de France et du monde. La concrétisation de ce désir passera par la loi. En 1395 Philippe II établit une ordonnance qui marque profondément l’histoire des vignobles Français. En effet, ce texte établit les grands principes de la viticulture Bourguignonne. Dès lors et pour la première fois en France, c’est une viticulture mono cépage qui est décidée.Seulement deux types de raisins seront cultivés: le pinot noir et le chardonnay. Par conséquent, ce texte renie l’un des cépages descendants du pinot noir: le gamay. Ce croisement entre le gouais blanc et le pinot noir, originaire de Côte d’Or, se développe beaucoup plus vite que les autres cépages. Nous le savons, c’est la rareté qui crée l’envie, ce qui n’est pas rare en quantité ne pourrait offrir de la qualité.Ainsi cette ordonnance juge le gamay «déloyal», «amer» et «âpres».A contrario, selon le duc, le pinot noir aurait des bénéfices sur la santé et sur les consommateurs: il deviendra l’emblème de la région. À son image la Bourgogne sera alors raffinée et structurée. Cette décision rencontre de nombreux détracteurs: les viticulteurs bien sûr, mais également les moines, extrêmement influents à l’époque et en charge de bon nombre de vignobles. Alors que reste-t-il aujourd’hui de cet héritage ducal?

L’héritage de Philippe II aujourd’hui

Dès la destitution du gamay de Bourgogne, ce dernier est cultivé en Beaujolais. Plus que cette région, le cépage commencera à charmer les viticulteurs de la Vallée de laLoire. La Bourgogne brillera par ses vins sophistiqués jusqu’en 1477. Elle perd ensuite son hégémonie pour deux raisons. La Vallée de la Loire commence à séduire les membres de la noblesse qui s’y installent. Ce sont les vins liquoreux qui prennent le dessus; le commerce Bordelais ne cesse de croitre, le rosé ravit tous les salons et laBourgogne s’effacera derrière eux pendant deux siècles. Aujourd’hui, le gamay est cultivé en Beaujolais, bien sûr, mais aussi dans leMâconnais. Cette région ne faisait pas partie de la Bourgogne de 1395, ainsi la culture de ce cépage n’outrepasse pas l’ordonnance du duc de Bourgogne. Avec le système des AOC, établi en 1935, le gamay a pu trouver sa place dans la belle Bourgogne de feu Philippe II le hardi. 80% de la viticulture bourguignonne se base encore sur des chardonnay et pinot noir; parmi les 20% restant se cacherait donc le gamay.

En conclusion, Philippe II le hardi, très strict dans ses politiques viticoles marque tout de même la région par son courage. La famille des Ducs de Bourgogne a longtemps contribué au rayonnement des vins qui y étaient produits. Ce n’est peut-être finalement pas si mal qu’il n’ait pas gouverné la France… À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin.

À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin

Victoria / Part de l’ange