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La confrérie des Chevaliers du Tastevin : Fraternité et amour du vin

by Fév 19, 2020Culture, Histoire

« Jamais en vain toujours en vin » est la signature particulière de la confrérie des chevaliers du tastevin. Assez célèbre mais assez mystérieuse pour les curieux, cette confrérie chargée d’histoire rayonne aujourd’hui dans le monde entier.

Mot de l’auteure : Qui dit mois de février entend « mois de l’amour ». J’ai fait le choix d’évoquer deux amis qui, par amour, ont créé un rassemblement qui compte aujourd’hui plus de 12000 personnes. Célébrons l’amour sous toutes ses formes notamment l’amour amical, l’amour fraternel et l’amour du vin qui sont les trois constituantes de la confrérie des chevaliers du tastevin. 

🎙 Écouter ici : La Confrérie des chevaliers du Tastevin, fraternité et amour du vin

by Part de l'Ange | portrait des personnes qui ont marqué l'histoire du vin

La Confrérie des chevaliers du Tastevin : fraternité et amour du vin

La confrérie des chevaliers du tastevin est une confrérie dite « bachique » née en Bourgogne au XXe siècle. Elle a pour but de promouvoir la culture viticole régionale et les richesses du terroir au travers de rassemblements. Sous ses airs de regroupement secret et sans âge, cette confrérie n’est en réalité pas si vieille. Sa création date, en effet, du 16 novembre 1934 et est le fruit de la réflexion de deux noms de la Bourgogne : Georges Faiveley et Camille Rodier.

C’est à Nuits-Saint-Georges, au caveau Nuiton, qu’un soir, ces deux personnages se sont mis d’accord pour ressusciter des ordres moyenâgeux. Il faut garder à l’esprit que les conjectures économiques n’étaient pas bonnes à cette époque. Le commerce de produits issus de la viticulture était alors en perdition. Ainsi, puisque le vin ne se vendait pas, les vignerons ont décidés de le boire, en bonne compagnie. Cette fraternité inhérente à la confrérie des chevaliers du tastevin permettra par la même de mettre l’accent sur la convivialité très « terroir » de la région. De cette façon, l’image de la Bourgogne n’en était que revalorisée, car on entendait partout parler de cette confrérie.

Découvrons alors ensemble, plus en détail, l’histoire de la confrérie des chevaliers du tastevin.

La naissance rapide de la passion d’Alexis Millardet pour la botanique  

La création de la confrérie des chevaliers du tastevin intervient dans un contexte compliqué pour l’économie française. Deux éléments impactent fortement le secteur viticole. Dans un premier temps la situation géopolitique ralenti fortement le commerce, puisque le pays se remet à peine de la Première Guerre Mondiale.

Plus encore, en 1934 les tensions sociales, en France, sont palpables. Dès lors le commerce dans son ensemble est en perdition. De plus, les vignes et exploitations viticoles se remettent à peine des dommages causés par le phylloxera, cette maladie des vignes dont on vous parle régulièrement. La confiance dans le vin et l’origine des cépages notamment est impactée.

C’est Georges Faiveley et Camille Rodier qui ont l’idée de créer (ou plutôt recréer) une confrérie d’amateurs de vin. Georges Faiveley a un nom célèbre dans la région puisque sa famille y possède des vignes depuis 1825. Il récupère le domaine en 1919 et subit donc dès son arrivée les aléas politiques et économiques du siècle. Qu’à cela ne tienne, cet homme que l’on dit charismatique et fort souhaite boire du bon vin avec ses amis et le faire savoir ! Quant à Camille Rodier, il est connu pour avoir produit de nombreux ouvrages de référence sur sa région bourguignonne.

Jamais en vain et toujours en vin donc, les deux hommes créent la confrérie des chevaliers du tastevin, en 1934

Les principes de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin

C’est en même temps que l’émergence de l’idée de création des AOC, que le principe de confrérie commence à se développer en France. On en retrouve des confréries dans tout le pays, notamment à Anjou ou encore dans la vallée du Rhône (pour les plus célèbres). La confrérie de l’ordre du tastevin n’est donc pas la seule en France à cette époque. Si c’est la fraternité qui rassemble sous le même étendard chacune de ces confréries, c’est la subtilité du terroir qui les distingue.  En effet, la confrérie de l’ordre du tastevin, en plus de promouvoir une dégustation entre amis, souhaite révéler toute la complexité des vins de la région. A l’image des chevaliers de la table ronde, les membres de la confrérie défendront en frères la richesse de leur royaume.

Sous un emblème reconnaissable entre mille, chaque membre de la confrérie porte fièrement, non pas l’épée mais le tastevin. Si son orthographe fait débat, l’objet qu’il nomme met tous les dégustateurs d’accord. Il s’agit d’une petite coupelle de 2 à 3cm de haut, aujourd’hui en argent ciselé, qui permet une dégustation assez objective du vin. Selon les historiens, cet objet a de tous temps existé. Bernard Pivot, dans son dictionnaire des amoureux du vin nous parlera d’un objet dont « l’usage confère à la dégustation l’apparence d’un rite d’initiés ».

Les membres de la confrérie et leurs invités dégustent alors les vins de la Grande Bourgogne, de Chablis et des crus du Beaujolais, en véritables frères, et cela depuis 86 ans.

La Confrérie des Chevaliers du Tastevin et ses événements à part entière

Si l’origine du rassemblement peut paraître poussiéreuse il n’en est rien. Le mouvement a eu le temps de faire quelques tours du monde depuis sa création. Ainsi on dénombre, aujourd’hui, quelque 12 000 membres répartis dans le monde entier.

De nombreux diners, qu’ils nomment « chapitre » sont organisés régulièrement.

Chaque chapitre donne lieu à une intronisation (soit l’adoubement de nouveaux chevaliers du tastevin, hommes et femmes). Les chants des cadets de Bourgogne rythment la cérémonie, rendant ainsi hommage à Noé, Bacchus et Saint Vincent, personnages mythiques de l’histoire viticole.

C’est au Château du Clos de Vougeot que se déroule la plupart des chapitres. Le bâtiment rappel l’origine de l’activité vigneronne, exercée par les moines. Les personnes qui animent la cérémonie font vivre le folklore de la région.

Notons que depuis 1950 s’est développé ce que l’on appelle le « tastevinage ». Cet événement de dégustation permet de labéliser les vins sélectionnés, jugés représentatifs de la Grande Bourgogne, de chablis et des crus du Beaujolais. Les épicuriens auront cette année la chance de vivre la 104e édition du tastevinage.

En conclusion, il est heureux de constater que malgré les tendances à l’individualisme, on trouve de beaux rassemblements. Georges Faiveley et Camille Rodier seraient heureux de savoir que le mouvement qu’ils ont impulsé est inépuisable, car sa dynamique est vertueuse. C’est finalement ça qu’on aime dans le vin : trouver des frères et des sœurs de passion avec qui il est bénéfique de passer du bon temps. Pour ce mois de l’amour, célébrons cette chance d’être bien entourés, de pouvoir partager et apprendre : ensemble !

À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin

Victoria / part de l’ange

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