Select Page

La veuve Clicquot: une femme de caractère hors de sa bulle

by Nov 27, 2019Culture, Histoire

La veuve Clicquot est sans doute l’une des première femme entrepreneuse de son siècle. Elle marque l’histoire du vin en se plaçant à la tête de la maison de Champagne de son défunt mari.

Mots de l’auteure : Chaque femme et homme qui compose le bureau du Décanté est semblable à une bulle dans une coupe de Champagne : Singulière et essentielle. Après avoir parlé d’un homme de Bourgogne je veux tirer le portrait d’une femme de Champagne. Par soucis de parité ? peut-être. Je vous souhaite une bonne dégustation. 


Champagne ! Les commerces commencent déjà à nous rappeler que les fêtes de fin d’années arrivent. Que choisir pour accompagner ces festivités ? Pour les plus chanceux d’entre nous ça sera du Champagne Veuve Clicquot. Connaissons seulement l’histoire qui se cache derrière cette étiquette jaune bien identifiable ? Nous devrions. Car l’évolution de la maison de Champagne est liée à cette femme de caractère qu’était Barbe-Nicole Clicquot Ponsardin. 

La maison Clicquot est fondée en 1772 par Philippe Clicquot en Champagne. Cet homme est un riche négociant issu d’une famille de banquiers. Fortuné et amateur de vin, il décide de dédier une partie de son activité à l’exploitation de ses vignes situées non loin de Reims. Son fils François Clicquot hérite du domaine et de la passion de son père. Il épouse la fille d’un riche négociant spécialiste du textile, une certaine Barbe-Nicole Ponsardin. Ces jeunes propriétaires de vignes champenoises affirment assez rapidement leurs ambitions internationales dans la vente de leur production. 

Malheureusement, François Clicquot meurt prématurément en 1807. A cette date, sa veuve n’est âgée que de 27 ans. Deux choix se présentent alors à elle : vivre en rentière, jusqu’à la fin de ses jours, comme les autres femmes de son époque ou reprendre les rênes de la maison Clicquot et honorer la mémoire de son mari. Elle choisira la seconde option et se hissera à la tête d’un empire viticole aujourd’hui encore célèbre.

La veuve Clicquot, une femme hors du commun

Être une femme de l’aristocratie au XIXe siècle n’est pas une mince affaire. Barbe-Nicole Clicquot Ponsardin démarre pourtant avec un avantage face à ses paires féminines : son père.  En effet, ce dernier pratiquait le négoce dans un temps de crise politique assez intense. Entre la Révolution et les luttes pour le pouvoir qui ont suivi ces événements, il pouvait être compliqué de faire des affaires. Or le Baron Ponsardin avait la capacité de se situer dans le camp de la majorité, quoi qu’il arrive. Cette agilité n’a sans doute pas échappé à sa fille qui aura, dès le début de sa vie, un modèle de haut vol dans le domaine des affaires. 

Sensibilisée dès le plus jeune âge aux stratégies commerciales et à la politique, Barbe-Nicole Ponsardin représente un avantage de taille pour la famille Clicquot. Lorsque Napoléon Bonaparte se hisse au pouvoir, en 1807, elle perd son mari prématurément. Pleine de ce que l’on appelle aujourd’hui la « résilience », elle décide de porter haut les ambitions qui animait François Cliquot. Barbe-Nicole s’affirmer donc dans un paysage très masculin de propriétaire viticoles. La désormais « veuve Clicquot » transformera ce statut et par la même son deuil en une force inépuisable. 

A l’âge de 27 ans la veuve Clicquot bouleverse les codes de sa classe sociale et de la société. Elle s’entoure des hommes les plus talentueux et visionnaires dans le commerce des vins et spiritueux. Elle œuvre au développement de liens forts avec les pays étrangers, comme la Russie, où elle parvient à faire acheminer des caisses au Tsar alors que les guerres font rages dans toute l’Europe. La veuve s’intéresse à la science et cultive sa curiosité dans le domaine de la vinification jusqu’à apporter de nombreuses réponses aux problématiques des viticulteurs. 

Innovation, mot d’ordre de la maison Clicquot

Curieuse de nature et au plus proche de ses vignes la veuve Clicquot identifie de nombreux freins dans l’activité vigneronne. Elle innovera donc en apportant des solutions, aussi bien dans la technique que dans la notoriété, celle de sa maison et de son domaine d’activité. 

En effet, trois ans après le décès de son mari elle développe le premier Champagne millésimé jamais créé. Cette démarche permet de rehausser le cachet de la marque mais également celui du produit. Le Champagne de la veuve Clicquot répond ainsi aux mêmes codes que les autres vins de France et d’ailleurs. De nos jours, inscrire le millésime sur un Champagne ne se fait que pour les produits d’exception. Ainsi la veuve est-elle visionnaire sur ce premier point, en assurant à sa marque une image de grande qualité. Plus encore, pour se distinguer des autres maisons de Champagne elle et son conseiller Louis Bohne, décideront d’innover dans les couleurs des étiquettes. Le détail, jaune, marquera les esprits et participera à une réelle identification de la maison. 

La veuve Clicquot, consciente de la difficulté de proposer des Champagnes d’une qualité invariable à ses clients, se penche sur la technique de fabrication. Le constat est assez trouble. Elle remarque que l’environnement dans lequel les bouteilles vieillissent n’est pas forcement adéquat. Très rapidement, en 1816, elle innove en développant le système des tables à remuage qui permettent de clarifier le vin. Ce support est encore utilisé aujourd’hui, pour faciliter la vinification du Champagne. 

L’héritage féministe d’une valeur inestimable

La veuve Clicquot vivra 88 ans d’innovation et de combat pour s’affirmer et être reconnue comme l’égale des autres propriétaires de Champagne. Son décès attristera toute la région et l’hommage à cette grande dame sera sans pareil. Son héritage féministe est de nos jours encore une inspiration. 

Si la veuve Clicquot est la première femme d’affaire à diriger une maison de Champagne elle sera très rapidement suivie par d’autres. Nous pourrions ici citer la Madame Pommery par exemple ! La marque aujourd’hui appartient à la maison LVMH qui met un point d’honneur à perpétuer les traditions de la marque. En 1972 est créé un prix en hommage à la Veuve Clicquot. Le prix de la Grande Dame a pour but de récompenser les femmes d’affaires qui brillent par leur engagement et leur esprit d’innovation. 

A un autre niveau, la Veuve Clicquot inspire des associations internationales de femmes liées à la viticulture comme Women do Wine. Les amateurs et amatrices de vins, professionnel(le)s ou non ne peuvent que saluer ce combat social que la veuve Clicquot a mené de front à une époque où la femme peinait à se faire entendre.


En conclusion, la Veuve Clicquot, courageuse, curieuse et visionnaire aura contribué à de nombreuses avancées dans le domaine de la viticulture et dans l’approche générale de la femme. Elle est un moteur et un modèle pour de nombreuses femmes entrepreneuses de la vigne et a marqué l’histoire du vin en profondeur. Alors, n’oubliez pas au moment des célébrations de lever votre coupe et de penser à cette Grande Dame tout en trinquant avec vos proches. 

 À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin 

Victoria / part de l’ange

Articles similaires :

Robert Parker : le père de la critique de vin moderne

La légende raconte que c’est parce que le Coca-cola était trop cher à Strasbourg que Robert Parker s’est rabattu sur le vin du commerce. Il en est tombé amoureux et ne l’a plus jamais quitté. Mot de l’auteure : Le célèbre critique de The Wine Advocate a récemment pris...

La confrérie des Chevaliers du Tastevin : Fraternité et amour du vin

« Jamais en vain toujours en vin » est la signature particulière de la confrérie des chevaliers du tastevin. Assez célèbre mais assez mystérieuse pour les curieux, cette confrérie chargée d’histoire rayonne aujourd’hui dans le monde entier. Mot de l’auteure : Qui dit...

0 Comments

Laisser un commentaire

Tu veux en savoir plus sur le vin ?

L’abus d’alcool nuit à la santé.
À consommer avec modération