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Le Baron Pierre Le Roy Le père de l’appellation

by Déc 18, 2019Culture, Histoire

Le Baron Pierre Leroy est un juriste de formation, mais viticulteur de passion qui œuvre, au XXe siècle pour la valorisation du patrimoine viticole Français.

Mots de l’auteure : Les fêtes arrivent à grand pas et choisir son vin peut devenir compliqué. Mais pas pour vous, amateur du Décanté, vous amateurs accompagnés par ce petit guide qui vous aide à trouver les bons conseils. Ce qu’il vous manque c’est des moyens d’épater la galerie au réveillon ! En entrée, pour le plat principal ou entre le fromage et le dessert, le portrait du Baron Le Roy se déguste et se partage ! 

🎙 Écouter ici : Le Baron Pierre Le Roy, le père des appellations

by Part de l'Ange | portrait des personnes qui ont marqué l'histoire du vin

Le Baron Pierre Le Roy, le père de l’appellation

Pierre-Marie Gabriel Le Roy Boiseaumarié est un enfant de Normandie que Châteauneuf-du-Pape (Vallée du Rhône) aura vu grandir. Né en 1890, il est envoyé au front lors de la Première Guerre Mondiale. S’il est décoré à son retour pour sa bravoure et son courage, son impact sur la société ne s’arrête pas là. Le Baron Pierre Le Roy est en effet un pionnier des innovations de son siècle, en termes de viticulture. Après des études de droit et un mariage avec Edmée-Bernard Le Saint, héritière du Château de Fortia de Châteauneuf-du-pape, il décide de se consacrer à la vigne plutôt qu’à la Loi. Tout au long de sa vie il œuvre à la valorisation des terroirs de la France entière et à la protection de ce patrimoine. Ce sont ses efforts qui permettent la création d’Institut National de l’Origine et de la qualité (l’INAO) et par cela les Appellations d’Origines Contrôlées (les fameuses AOC).

Mais cette aventure dans la valorisation des productions de vin de France n’a pas été de tout repos. Certes le contexte d’après-Guerre nécessitait la mise en place d’un tel organisme, mais sa création est le fruit d’un processus lent et complexe. Le Baron Le Roy a laissé une trace indélébile dans l’histoire de la vigne et nous profitons encore aujourd’hui de son héritage.

Découvrons alors sans plus attendre le combat qu’a mené le Baron Le Roy.

Une période d’après-guerre tumultueuse pour la vigne 

Comprendre le contexte est le premier pas pour visualiser l’ampleur de l’ambition que portrait le baron Le Roy. En effet au début du XXe siècle, outre les troubles politiques que l’on connait, l’économie viticole est confrontée à deux grands problèmes : la fraude et la maladie.

Commençons par la maladie de la vigne : le Phylloxera. Le Phylloxera est une espèce de puceron ravageur qui sévit au début du siècle en France et décime les vignobles de France du Sud au Nord. Ce phénomène est une véritable catastrophe pour les vignerons du pays puisqu’ils perdent peu à peu leurs plantations et leurs vins baissent inévitablement en qualité. Ce problème sanitaire sera réglé grâce à des greffes de vignes françaises sur des pieds sains originaires des Etats-Unis .

La fraude ensuite est dû à l’évolution du transport à l’époque. En effet, les innovations permettent d’accélérer les flux commerciaux. En revanche, la politique de traçabilité des produits n’est pas une préoccupation pour les professionnels et les consommateurs. Dès lors il n’est pas possible de garantir aux acheteurs que le vin de Bourgogne qu’il boit est réellement constitué de pinot noir. En effet, nombreux étaient les vignerons qui se fournissaient la région de la Vallée du Rhône pour vinifier ailleurs.

Certains producteurs étaient bien conscients de l’impact que ces deux actualités avait sur le monde de la vigne. Le commerce et la perception des consommateurs des vins français, qu’ils soient étrangers ou nationaux étaient en perdition. Ainsi le Baron Pierre Le Roy et ses homologues viticulteurs se sont mis en tête de militer pour défendre le patrimoine local qu’est le terroir.

La laborieuse mise en place des appellations d’origine protégées

« Gagner sa vie honnêtement » lorsqu’on cultive la vigne à l’époque n’est pas chose facile. C’est donc dès 1923 que commencent les démarches pour protéger les spécificités régionales viticoles. Le Baron Pierre Le Roy créé un syndicat de viticulteur de Châteauneuf du Pape afin de début son activité de valorisation. Suite à ce premier pas, en 1929 un second syndicat des vignerons de la Vallée du Rhône est mis en place afin de plus largement défendre les vignobles qui bordent le fleuve.

C’est en 1933, 10 ans après le début des démarches du Baron Le Roy auprès des instances juridiques que l’INAO voit le jour. Ses qualités de juristes l’ont bien entendu aidée à porter haut les espoirs de ses collègues vignerons. Dès sa création c’est une autre bataille qui se joue : celle de définir les critères qui permettront de mettre en place et distinguer les AOC.

Ce qui va l’aider à déterminer ses critères ? Le fromage bien-sûr ! Si vous pensiez que vins et fromages n’étaient complémentaires qu’à table vous vous trompiez ! En effet, le Baron le Roy remarque dès 1925 que les fromage (et notamment le Roquefort) sont protégés de manière à ce que le comté ne puisse pas être produit en Bretagne ! 

Ainsi, dès 1935, le premier système d’appellation d’origines contrôlées est né. Une AOC se définie alors en ces termes : « appellation dont le nom garanti l’authenticité et la qualité d’un produit ».

L’héritage du Baron Pierre Le Roy

Après dix ans de batailles juridiques, les vins sont officiellement protégés au niveau national par ce que l’on appelle une appellation d’origine contrôlée ou protégée (AOC ou AOP). Les premiers vins qui obtiennent la qualification d’AOC sont les vins d’Arbois, dans le Jura et de Châteauneuf-du-Pape. Suite à cela, le Baron Le Roy est nommé président de l’INAO mais également de l’institut de la vigne et du vin au regard de sa contribution dans son domaine. Grâce à ce combat hors du front qu’il a mené pour les vignobles de France on compte aujourd’hui quelques 363 AOC sur le secteur vin.

Cette reconnaissance des spécificités du terroir Français a été étendu dans toute l’Union Européenne. C’est pour cette raison que l’on ne parle pas toujours d’AOC mais plutôt d’IGP. Si le principe est le même les conditions d’obtention de ce label sont différentes.

Gardons cependant à l’esprit que si c’est le vin qui a conduit la création de telles appellations d’autres denrées alimentaires sont concernées tel que le cidre, la viande ou encore le secteur agroalimentaire dans son ensemble.

En conclusion, nous devons une fière chandelle au Baron Pierre Le Roy. Chacune de nos régions rayonne aujourd’hui grâce à leurs spécificités bien établies et reconnues par tous. Le Baron Le Roy est décédé à l’âge de 71 ans. Il aura été mainte fois décoré : détenteur de la croix de guerre de 14-18 il obtient également la Légion d’Honneur pour ce rôle qu’il a joué dans la viticulture moderne.  Aujourd’hui chaque amateur de vin le remercie et le célèbre sans doute sans le savoir, ce qui est aussi, une belle récompense.

 À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin

Victoria / part de l’ange

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