Le vin et l’art : lorsqu’on invite l’autre à s’exprimer

Le vin et l’art : lorsqu’on invite l’autre à s’exprimer

Aujourd’hui, de plus en plus de domaines collaborent avec des artistes. Ces derniers interviennent dans les vignes et les chais afin de développer une toute nouvelle dimension aux domaines viti/vinicoles. Pour certains, ces initiatives sont motivées par la volonté de se différencier dans un marché concurrentiel et pour d’autres, de simplement mélanger les univers en faisant d’une pierre deux coups, joignant leur passion pour l’art, à la création du vin.

Que ce soit des galeries d’art et sculptures au sein de vignes, ou encore de plus petites représentations au travers d’étiquettes décorées et signées de grands noms, il est dans l’intérêt des représentants du domaine viticole de s’associer au secteur artistique. L’apport d’une dimension esthétique permet alors de plaire au consommateur de vin et d’innover. 

L’art dans le vin : un outil de communication non négligeable

Aussi retrouve-t-on beaucoup cet accord vin-art centré sur la bouteille chez des maisons de champagne, en faisant alors leur signature. C’est par exemple le cas de Dom Pérignon et Ruinart, dont la forme des bouteilles leur est propre. D’autres, telles que Roederer, vont plus se tourner vers un packaging tape à l’œil. 

Dans le monde du vin, Mouton de Rothschild est un emblème. En effet, cette maison a recours à des artistes réputés afin d’illustrer ses vins dont la renommée n’est plus à refaire. « Peinture abstraite, figurative ou arte povera, les étiquettes Rothschild ont même droit à leur propre exposition au Château Mouton de Rothschild. » affirme Juliette Michel dans Le Parisien.

La Commanderie Peyrassol, domaine viticole au cœur du Var, va quant à elle faire appel aux plasticiens Bertrand Lavier et Bernar Venet afin d’habiller ses bouteilles dans un style plus abstrait. Chaque bouteille présente alors une étiquette caractéristique de sa cuvée. 

Enfin, dans un tout autre style, on retrouve l’association entre le vin d’entrée de gamme Jaja de Jau et l’artiste français Ben. Elle fait alors appel à une culture plus populaire à travers l’écriture et le style singuliers et légers de ce-dernier. 

Métamorphose des caves et vignobles en galeries d’art : valorisation et découverte du terroir

Cependant, la dimension artistique va plus loin que cela : elle se retrouve également à travers les domaines viticoles. De nombreuses caves se transforment aujourd’hui en galeries d’art en organisant des expositions de peintures. Preuve inéluctable d’un moment de bascule où on est passé de la quantité à la qualité, du paysan viticulteur soucieux du seul rendement à l’hectare au vigneron récoltant, véritable créateur de crus personnalisés. Cette association met en exergue l’émergence d’une nouvelle tendance. On y retrouve alors deux conceptions de cette relation art-vin :  d’une part, ils sont assimilables. Ainsi, l’optique n’est rien d’autre que l’harmonie. On les retrouve alors à travers un jeu d’échos et de similitudes. D’autre part, ils sont dissociables. De cette manière, il y a une véritable recherche de complémentarité entre ces deux concepts. Le vin et l’art se valorisent de façon mutuelle, sans jamais altérer leurs propres particularités. 

Cette association singulière, on la retrouve chez les Vignerons Indépendants du Var. Ils accueillent chaque été de jeunes talents et des artistes chevronnés dans le but de transformer les domaines et châteaux varois en galeries éphémères où sculpture, peinture et autres œuvres côtoient les caves, chais et vins de Provence. 

Le vin est-il un objet d’art ?  Le vin peut-il légitimement revendiquer le statut d’art à part entière ?

Le vin accompagne (de) nombreux événements historiques.  En effet, les artistes ont associé ce liquide au sacré comme au profane, tant au plaisir qu’aux expériences néfastes. En ce sens, il est une source d’inspiration pour l’Homme.

En se référant à l’étymologie du mot art, dérivé du latin ars, ce terme désigne l’habileté, la connaissance (du) technique. En ce sens, la production du vin qui se transmet de génération en génération permet d’être reconnu comme un art. Néanmoins, est-ce que l’objet, c’est-à-dire la bouteille contenant le vin qui est convoitée lors des ventes aux enchères, peut revendiquer le statut d’objet d’art ? 

Aujourd’hui, les collectionneurs se disputent les bouteilles de vins au même titre que les tableaux et la joaillerie. Ainsi, on retrouve dans la Gazette de Drouot des articles sur l’art du vin, des ventes de vins rares et prestigieux, organisées par des maisons de ventes telles que OSENAT et BESCH. 

 

De plus, les musées nous proposent d’admirer des œnochoés, pichet à vin qui sert à le puiser dans la Grèce antique, ou encore des rhytons vase en terre cuite ou en métal, ou se trouve une ouverture qui permet au liquide de s’écouler par la représentation d’une tête humaine ou d’un animal. L’amphore fait aussi partie des récipients utilisés pendant l’Antiquité, pour le transport de vin, huile, et bière qui se trouve aujourd’hui présentés lors d’expositions. Alors pourquoi pas la bouteille de vin ? Un artiste a besoin d’une toile pour peindre, un vigneron a besoin d’une bouteille pour son vin. Alors il est vrai que la production de vin est un art, mais la bouteille qui le contient peut-elle être reconnue comme telle ? 

Deux dimensions parallèles dont les vignerons peinent à les rendre complémentaires ; l’art est aujourd’hui un outil de valorisation du secteur viticole, qui permet au vin d’être mis à l’honneur. Ainsi, le vin est de plus en plus mis en scène au travers des expositions et des étiquettes de bouteilles. Au vu de cette nouvelle tendance, cette liqueur peut légitimement acquérir une dimension artistique. 

Écrit par l’équipe du pôle rédaction

Laurine Chanel Responsable pôle rédaction/ Vice-présidente
Ainsi que Emma Dupont et Pierre Chanzy

L’art et le vin : Le vin comme compagnon de l’artiste

L’art et le vin : Le vin comme compagnon de l’artiste

Selon de nombreux auteurs et philosophes, l’art détient une fonction nécessaire à l’Homme. L’art est un outil d’expression auquel Hegel expose l’effet libérateur de nos passions profondes. Même si l’art peut engendrer la reconnaissance, il est aussi utilisé pour oublier qui nous sommes. En effet, si l’artiste est révolté, ses peintures en seront le reflet. L’art est retranscrit dans l’imaginaire collectif comme étant attaché à la figure du génie, de l’inventeur marginal qui réalise des œuvres dominées par ses passions et sa soif de liberté. En sachant que l’alcool désinhibe et supprime les barrières mentales, il n’est pas rare de voir le vin dans les œuvres de certains artistes ou coulant dans le sang de ces derniers. Le vin est et sera toujours un produit qui passionne.

Quand le vin nourrit la créativité de l’artiste.

« Boire du vin, c’est boire du génie. » nous accorde Charles Baudelaire.  

Au sein des représentations pittoresques du vin, servi lors de banquets ou de repas champêtres, ce dernier incarne la réjouissance, le partage et la festivité.

Au-delà de cet aspect, le vin s’avère aussi être une des clés d’inspiration des artistes. Le rôle du vin n’est alors plus seulement relatif à la symbolique sociale et esthétique exprimées visuellement ou auditivement dans les œuvres ; comme il est remarquable dans “Le déjeuner des canotiers” de Pierre-Auguste Renoir. Mais le rôle du vin ne s’arrête pas là. Il est bel et bien lié à l’impulsion créative et sensible donnée à l’artiste lorsqu’il érige celle-ci. Que l’œuvre ait un lien direct avec le vin, de par sa couleur, sa forme, ou qu’il ait simplement déclenché des sensations et libéré des idées, nous pouvons affirmer que le vin a la faculté de nourrir les passions de l’artiste.

Quand le vin consume l’artiste

« Le domaine de la peinture n’est pas en reste et on ne compte plus le nombre d’artistes ayant trempé leurs pinceaux dans le vin, le gin ou la vodka. »

Malheureusement, le vin accompagne un bon nombre d’artistes et ce depuis toujours.

L’ivresse est un sujet majeur fin XIX e siècle comme nous illustre diverses représentations, telle que l’œuvre de l’artiste James ENSOR Les ivrognes, de 1883. Au travers de cette peinture, le peintre évoque la dureté de la vie avec un panel de gris et de noir et la fade réalité entachée par l’alcool, comme nous illustre la bouteille de vin, seule, au centre du tableau. Les artistes transposent l’alcool dans leurs peintures, comme reflet de leurs vies difficiles. Qui d’autre que Van Gogh ou encore Modigliani nous permettent d’illustrer ce côté marginal et incompris des artistes. Modigliani artiste maudit, abîmé par la drogue et les excès fut consumé par l’alcool.

A cet égard, l’artiste qui a son propre monde n’est pas un mythe. Nombreux artistes sont confrontés à la dépression, utilisant comme solution à tous leurs maux ; drogue et alcool. C’est ce que nous témoignent de multiples œuvres. L’ivresse est à l’artiste, ce que l’eau est au désert ; un mirage.

Quand le vin se lie/ s’allie à l’art

Quand le vin rencontre l’art

Bacchus fait sûrement partie des légendes les plus palpitantes de notre histoire ! Selon la mythologie, il est connu sous le nom de Bacchus par les romains, et Dionysus chez les grecs. Nourri et protégé par la vigne, Bacchus est le dieu du vin.
Il est le fils caché de Jupiter et Sémélé, arrachée au ventre de celle-ci et cousu sur la jambe de son père Jupiter. En effet, il grandit dans la méfiance et échappe au sort de Junon l’épouse légitime, en se métamorphosant en serpent, jeune fille, et bouc. Invitant les mortels à se compromettre pour toucher à la luxure et aux excès, Bacchus est le symbole de la libre assomption du désir et du plaisir. Néanmoins, au-delà du vin, Bacchus respire l’art. Dieu du vin et des plaisirs, il est le père de la danse et du théâtre. Sujet favori des artistes, au XVI e siècle, Bacchus est représenté par le peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio, sur une toile. On peut voir, Bacchus tenir dans sa main gauche un élégant verre vénitien contenant du vin. Une carafe remplie de ce même liquide se trouve posé sur un drap blanc. Le vin est vénéré. Il est source d’élixir sacré et hautement considéré par les artistes.

Quand le vin épouse l’art

Les danses enivrantes des banquets orchestrés par Bacchus placent à nouveau le vin au centre des festivités. C’est ainsi que l’ivresse et les plaisirs sont partagés. Notons alors la relation étroite entre la musique et le vin. A l’époque de la Renaissance, les scènes de couples, la coupe de vin à la main, entrelacés au rythme des notes jouées, sont l’objet de gravures et de peintures.

D’ailleurs, les musiciens sont souvent représentés, accompagnés d’un verre de vin. Gérard Van Honthorst nous illustre “Les Chanteurs”. D’un point de vue contemporain, le cinéma a su façonner la vigne. Pour ce premier, le vin est un symbole social qui inscrit l’œuvre dans la réalité. En effet, le vin fait partie intégrante de notre culture et, au travers du grand écran, il crée ainsi un lien de proximité avec le public.

Pour la vigne, c’est un honneur d’orner les scènes cultes de grands films ; “Le Grand Restaurant” – 1966, “Les Visiteurs” – 1993. Ses attributs sont mis sur le devant de la scène, face à un public divers et qui évolue de génération en génération. Cela lui procure de la reconnaissance et du prestige. De plus, le vin est souvent présenté au cinéma comme objet de partage, de joie et d’excellence ; une vision mirifique que la vigne est heureuse d’incarner aux yeux de tous.

Comme nous le fait remarquer Aristote « L’art et le Vin sont les joies supérieures des hommes libres. » Ces deux mondes sont liés depuis l’Antiquité. Des artistes ont puisé leur inspiration dans ce liquide rouge. C’est avec les Lumières que le vin évolue vers une reconnaissance artistique ; il est sensibilité et émotion. Ainsi, le vin tient dans les arts une place importante tant dans le théâtre, les danses, que la peinture, et la gravure.

Écrit par l’équipe du pôle rédaction

Laurine Chanel Responsable pôle rédaction/ Vice-présidente
Ainsi que Emma Dupont et Pierre Chanzy

La place du vin dans la religion

La place du vin dans la religion

Selon l’auteur, Georges Ferré « Le désir du vin se convertit au désir divin. » Depuis la nuit des temps, le vin a une place prépondérante dans la vie religieuse de l’Homme. Il a été banni, honoré puis détesté.

Ce doux breuvage a été tellement apprécié que les hommes lui ont voué un culte. En effet, Bacchus en est la divinité antique la plus célèbre. Néanmoins, dans diverses religions le vin est adopté alors que dans d’autres, il est proscrit. Ainsi, le vin est et sera toujours confronté à des polémiques. Dans certaines religions, il occupe une grande place au sein même des rites religieux ; c’est le cas du christianisme, où le vin n’est autre que le sang du Christ. Cela soulève de nombreuses questions sur la relation qu’entretiennent le vin et les principes religieux.

Pour explorer ce vaste sujet nous nous pencherons tout d’abord sur l’origine du vin, qui est en effet ; un objet de bien des légendes. Puis nous nous questionnerons sur la perception du vin et son évolution sur le plan de la religion.

L’origine du vin, l’objet de bien des légendes.

Le vin est à la fois, une source d’inspiration et l’incarnation de divers semblants et semblables. Il est apparu très tôt dans nos écritures, légendes et mythes.  Ce sont ces mêmes histoires, grandes ou plus modestes, qui l’érigent et font ce qu’il est aujourd’hui. Trois d’entre elles sont incontournables; les voici:

Le vin en Égypte : Osiris plante les premières vignes

Osiris, grandement considéré en Egypte, incarné le fils du ciel et de la terre. Il est premier à planter la vigne. Il s’avère que sur les fresques égyptiennes, le vin rouge symbolise le sang d’Osiris.

 Par la suite, les fêtes religieuses se clôturent par des banquets au cours desquels hommes, femmes et prêtres, boivent de grandes quantités de vin, écoutentes musiciens en admirant des danseuses dévêtues.

Dyonisos, créateur du vin en fuite

Dans le même esprit de festivité, à Thèbes en Grèce, sont organisés des festins : les dionysiaques.

C’est alors que Dionysus est victime des menaces du roi. En effet, les conservateurs, garant de l’ordre et de la droiture voient dans les effets du vin la débauche : ils s’y opposent et l’interdisent.

La vigne : trésor sauvé des eaux par Noé

Tandis que le vin revêt l’incarnation des plaisirs, dans l’Ancien Testament on lui confère diverses connotations. D’ailleurs,  les mots “vin” et “vigne” apparaissent des centaines de fois. Cette étroite relation a pour racines “Le Déluge” qui marque un terme à la traversée de Noé à bord de l’Arche et la naissance du vin. La Bible fait de Noé le premier viticulteur de l’histoire de l’humanité, le père du vin. Mais Noé en découvrit aussitôt les effets désinhibiteurs: « ayant bu du vin, il s’enivra et parut nu dans sa tente »; son fils Cham l’ayant vu et n’ayant pas détourné son regard sera maudit par Noé, réveillé de son ivresse.

Peu à peu émergea une lutte :

« Gaîté du cœur et joie de l’âme, voilà le vin qu’on boit quand il faut et à sa suffisance. Amertume de l’âme, voilà le vin qu’on boit avec excès par passion et par défi. » – Ecclésiaste, III av-JC.

La perception du vin, l’évolution sur le plan de la religion

Depuis l’Antiquité, les religions sont toujours étroitement liées au vin. Ce-dernier, objet de pratiques rituelles et sacrificielles, se retrouve aujourd’hui au centre des trois religions monothéistes que sont le christianisme, le judaïsme et l’islam. Mais quels sont les regards portés sur ce breuvage, symbole du festin, de la fête, de la joie ?

Le vin chez les chrétiens : la religion voit double

Deux visions se détachent au sein de la religion chrétienne. Tout d’abord, l’Ancien Testament blâme le vin en raison de l’image qui lui est associée : il renvoie au nu, à une sexualisation de la religion et aux punitions accordées à la transgression.

S’il tend à être diabolisé, le vin se voit accorder une toute autre image au sein du Nouveau Testament. Alors sacralisé, c’est du sang du Christ dont il est désormais question. Le vin est passé d’une sexualisation à l’une des plus grandes substantiations incarnées lors de la communion.

Le vin et le judaïsme : symbole du salut du peuple juif

Ayant des racines communes avec cette religion, le judaïsme accorde également une dimension importante au vin. Bénir le vin est un rite avant de s’en imprégner.  On retrouve par exemple le Kiddouch, une bénédiction récitée lors du Shabbat et autres fêtes juives afin de sanctifier le vin avant de le déguster. Durant le séder, un rituel juif propre à la fête Pessa’h symbolisant la libération des juifs de l’esclavage en Égypte, c’est alors une obligation pour le peuple juif de boire quatre coupes de vin. 

L’islam ou la prohibition du vin

À l’inverse, au sein de l’islam, c’est une toute autre vision qui est portée sur le vin. Il revêt un caractère bien plus péjoratif et critique pour cette religion. En effet, parce qu’il mène à l’ivresse et la désinhibition, l’Islam a condamné le vin et le proscrit dans nombre de sourates. Le Coran dit : « Ne vous approchez pas du vin. » Les docteurs de la loi expliquent que les boissons qui en quantité mènent à l’ivresse sont interdites. Cela veut dire que même en petite quantité il n’est pas autorisé. Même si d’après certains versets, au paradis, il y a du vin pour les croyants, ce-dernier ne provoque néanmoins aucun désagrément tel qu’on le vit dans ce bas monde. 

            Même si les religions ont toujours été intimement liées à ce breuvage millénaire, ce sont des visions divergentes qui sont portées et qui en font un objet de tant de légendes.   

 Vous l’aurez compris, le vin est à la fois, ce qui nous lie et nous éloigne. Ce liquide sacré a influencé multiples histoires et pensées religieuses. De plus, l’origine du nom « Nuits-Saint-Georges », célèbre appellation de Bourgogne viendrait en effet, du fait que « de Saint-Georges »  est lié à la production de vin et qu’au IV e siècle, Philibert de Mollans aurait apporté à Nuits les reliques de G. De Lydda, martyr chrétien, qui fut persécuté par l’empereur Dioclétien.  Ainsi, les appellations telles que Nuits-Saint-Georges ou encore Saint-Emilion nous prouvent que la religion est un marqueur de la vigne et du vin, comme le vin l’est tout aussi bien dans les rituels religieux.

Écrit par l’équipe du pôle rédaction

Laurine Chanel Responsable pôle rédaction/ Vice-présidente
Ainsi que son équipe:
Emma Dupont
Héloïse Reboul
Pierre Chanzy
Eugénie Lioger
Thomas Rigault
Agathe Dugardin

Robert Parker : le père de la critique de vin moderne

La légende raconte que c’est parce que le Coca-cola était trop cher à Strasbourg que Robert Parker s’est rabattu sur le vin du commerce. Il en est tombé amoureux et ne l’a plus jamais quitté.

Mot de l’auteure : Le célèbre critique de The Wine Advocate a récemment pris sa retraite après 35 années de dégustations et de notations des vins. Mars 2020 est le premier printemps qu’il passe loin de la pression du métier. Alors j’en profite pour dresser le portrait de cet homme qui aura longtemps fait la pluie et le beau temps dans le milieu de la critique viticole. Chacun confiné chez soi pourra, comme Robert Parker, faire un peu de place dans sa cave et l’inventaire dans ses bouteilles.

🎙 Écouter ici : Robert Parker, le père de la critique de vin moderne

by Part de l'Ange | portrait des personnes qui ont marqué l'histoire du vin

Robert Parker : le père de la critique de vin moderne

Robert Mcdowell Parker Junior, ou Robert Parker est né à 1947 à Baltimore, dans le Maryland. Fils de paysan, il accèdera tout de même aux bancs de l’université où il étudiera tout d’abord l’histoire et l’histoire de l’art. A l’âge de 26 ans il obtient son doctorat en Droit et exercera dans un cabinet d’avocat pendant 7 ans. Robert Parker est aujourd’hui l’un des critiques de vins les plus célèbre au monde.

Son intérêt pour le vin va naitre en France, très innocemment. En effet, alors qu’il a 21 ans, il passe ses vacances en Alsace et constate que le vin est moins cher que le Coca-cola. Il s’essayera donc à la dégustation avec un vin de table et sera frappé par les sensations qu’il ressentira. Il fonde en 1978 le magazine indépendant – sans publicité d’aucune sorte, The Wine advocate consacré au vin, aux notations des cuvées et aux conseils pour les amateurs. La magie de la célébrité s’opère en 1982 à l’occasion d’une dégustation de vins en primeur* à Bordeaux. Alors que tous les critiques notent négativement les vins qui leurs sont proposés, Robert Parker, lui, voit un beau potentiel dans le millésime.

Le temps lui donnera raison : sa réputation est faite et cet événement donnera à Parker toute la légitimité pour développer sa méthode de notation qui impactera en profondeur le monde du vin. Il quitte définitivement le droit en 1984 pour se consacrer pleinement et entièrement à son média et sa carrière de critique. Découvrons donc le pendant et l’après Parker.

Robert Parker, une technique de notation particulière

La désormais bien célèbre « méthode Parker » est assez simple. Les vins sont notés sur 100 points et les notes s’étendent toujours entre 50-100. 5 points sont attribués à la robe, donc à l’apparence du vin, 15 points sont attribués au bouquet, donc au nez. 20 points pour la bouche, donc le goût du vin et enfin, 10 points sont attribués au potentiel de vieillissement.

 Ce dernier demande de la pratique pour distinguer les caractéristiques qui permettent d’affirmer que le vin est fait pour la garde, que c’est un grand vin.

  • Entre 50 et 59 le vin est médiocre.
  • Entre 60 et 69 points le vin est très moyen, ses défauts sont identifiés.
  • Entre 70 et 79 points le vin est moyen, et ne présente rien d’incroyable.
  • A partir de 80 le vin commence à être supérieur.
  • A partir de 90 le vin se complexifie et la qualité est remarquable.
  • Entre 96 et 100 le vin est parfait, il est le parfait ambassadeur de sa région. Rares sont les vins notés à 100pts.

Ces notes scellent en quelque sorte le destin des vins dégustés par Robert Parker. Ils influencent les ventes, le prix des bouteilles et même les méthodes de viticulture.

Robert Parker, une figure très controversée dans le monde du vin

Il a mis, dès ses débuts, un point d’honneur à être et rester impartial, tant dans la dégustation des vins que dans sa notation. Il déguste donc à l’aveugle et note ses vins de manière stricte en respectant sa grille de notation, comme nous venons de le voir. En revanche, nombreux sont les détracteurs de ce critique. En effet, la réputation de Robert Parker et l’impact que son avis avait sur la notoriété des domaines et sur les ventes était très conséquents.

Pour exemple, un vin noté à plus de 90/100 voyait ses commandes parfaitement remplies, tandis qu’un vin noté à 70/100 était quasiment invisible pour les acheteurs. Dès lors les vignerons ont eu tendance à se plier au goût du dégustateur, satisfaisant son palais et augmentant donc leur nombre de vente. Ainsi certains vignobles ont produit des vins trop « parkerisés » perdant, quelque part, leur identité. Le critique affirmait en effet aimer les vins sur le bois (celui de la barrique), robustes, vineux et très concentrés. Les vignerons se sont parfois pliés à ces exigences, qui rendait la notation moins impartiales, du fait de leur choix de vinification.

Cette parkerisation du vin explique pourquoi Parker a fait la pluie et le beau temps dans la région.

Quel héritier ou héritière pour remplacer Robert Parker ? 

Après Parker le déluge ? Au regard de l’influence qu’il a eu sur les notations, les vignerons, et sur le temps long surtout, on est en droit de se poser la question. La nature a horreur du vide, nous le savons et de nombreux successeurs se sont fait connaitre bien avant même que Robert Parker décide de quitter la scène de critiques. D’une part l’équipe de The Wine Advocate qui a été formée par Parker, qui peut dignement lui succéder, même s’ils témoignent que ce n’est plus la même chose sans lui.

Le magazine a d’ailleurs été récemment acheté par un investisseur singapourien, ce qui profile d’éventuels changements. Ensuite, d’autres critiques tentent de s’imposer face à ce fantôme du milieu. Nous pourrions citer Jancis Robinson une journaliste, écrivain et dégustatrice britannique, qui était jusqu’à aujourd’hui en guerre de mots avec Robert Parker. Antonio Galloni, ancien membre de The Wine Advocate, chargé des dégustations des vins Californiens notamment, a pris son indépendance. Il est aujourd’hui le PDG de Vinous. Il est certainement l’un des dignes successeurs de Parker. Son média est extrêmement populaire dans la sphère viticole mondiale.

En conclusion, l’ancien monde à tout de même du mal à se faire au nouveau, mais tout vient à point à qui sait attendre. Robert Parker profite aujourd’hui de sa famille dans sa maison du Maryland. Seul le temps pourra dégager une nouvelle étoile montante de la dégustation, et ce temps-là sera précieux pour que certains vignobles retrouvent un style moins influencé par la notation du critique. Ne souhaitant pas finir sur ces simples paroles je reprendrais plutôt une citation du père de la critique : « le vin est selon moi ce qui rassemble les gens, il promeut la conversation et le partage mais il est surtout fascinant ».

À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin

Victoria / part de l’ange

*Les vins en primeurs sont des vins dégustés avant la fin de la vinification. Il s’agit d’un événement très bordelais qui commence à s’étendre dans d’autres régions. Ces vins qui ne sont donc pas terminés, sont dégustés, notés, leurs prix sont fixés et un gros volume de commande est effectué à cette occasion. L’argent récolté lors des primeurs assure, entre-autre, la pérennité économique des vignobles de Bordeaux.

La confrérie des Chevaliers du Tastevin : Fraternité et amour du vin

« Jamais en vain toujours en vin » est la signature particulière de la confrérie des chevaliers du tastevin. Assez célèbre mais assez mystérieuse pour les curieux, cette confrérie chargée d’histoire rayonne aujourd’hui dans le monde entier.

Mot de l’auteure : Qui dit mois de février entend « mois de l’amour ». J’ai fait le choix d’évoquer deux amis qui, par amour, ont créé un rassemblement qui compte aujourd’hui plus de 12000 personnes. Célébrons l’amour sous toutes ses formes notamment l’amour amical, l’amour fraternel et l’amour du vin qui sont les trois constituantes de la confrérie des chevaliers du tastevin. 

🎙 Écouter ici : La Confrérie des chevaliers du Tastevin, fraternité et amour du vin

by Part de l'Ange | portrait des personnes qui ont marqué l'histoire du vin

La Confrérie des chevaliers du Tastevin : fraternité et amour du vin

La confrérie des chevaliers du tastevin est une confrérie dite « bachique » née en Bourgogne au XXe siècle. Elle a pour but de promouvoir la culture viticole régionale et les richesses du terroir au travers de rassemblements. Sous ses airs de regroupement secret et sans âge, cette confrérie n’est en réalité pas si vieille. Sa création date, en effet, du 16 novembre 1934 et est le fruit de la réflexion de deux noms de la Bourgogne : Georges Faiveley et Camille Rodier.

C’est à Nuits-Saint-Georges, au caveau Nuiton, qu’un soir, ces deux personnages se sont mis d’accord pour ressusciter des ordres moyenâgeux. Il faut garder à l’esprit que les conjectures économiques n’étaient pas bonnes à cette époque. Le commerce de produits issus de la viticulture était alors en perdition. Ainsi, puisque le vin ne se vendait pas, les vignerons ont décidés de le boire, en bonne compagnie. Cette fraternité inhérente à la confrérie des chevaliers du tastevin permettra par la même de mettre l’accent sur la convivialité très « terroir » de la région. De cette façon, l’image de la Bourgogne n’en était que revalorisée, car on entendait partout parler de cette confrérie.

Découvrons alors ensemble, plus en détail, l’histoire de la confrérie des chevaliers du tastevin.

La naissance rapide de la passion d’Alexis Millardet pour la botanique

La création de la confrérie des chevaliers du tastevin intervient dans un contexte compliqué pour l’économie française. Deux éléments impactent fortement le secteur viticole. Dans un premier temps la situation géopolitique ralenti fortement le commerce, puisque le pays se remet à peine de la Première Guerre Mondiale.

Plus encore, en 1934 les tensions sociales, en France, sont palpables. Dès lors le commerce dans son ensemble est en perdition. De plus, les vignes et exploitations viticoles se remettent à peine des dommages causés par le phylloxera, cette maladie des vignes dont on vous parle régulièrement. La confiance dans le vin et l’origine des cépages notamment est impactée.

C’est Georges Faiveley et Camille Rodier qui ont l’idée de créer (ou plutôt recréer) une confrérie d’amateurs de vin. Georges Faiveley a un nom célèbre dans la région puisque sa famille y possède des vignes depuis 1825. Il récupère le domaine en 1919 et subit donc dès son arrivée les aléas politiques et économiques du siècle. Qu’à cela ne tienne, cet homme que l’on dit charismatique et fort souhaite boire du bon vin avec ses amis et le faire savoir ! Quant à Camille Rodier, il est connu pour avoir produit de nombreux ouvrages de référence sur sa région bourguignonne.

Jamais en vain et toujours en vin donc, les deux hommes créent la confrérie des chevaliers du tastevin, en 1934

Les principes de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin

C’est en même temps que l’émergence de l’idée de création des AOC, que le principe de confrérie commence à se développer en France. On en retrouve des confréries dans tout le pays, notamment à Anjou ou encore dans la vallée du Rhône (pour les plus célèbres). La confrérie de l’ordre du tastevin n’est donc pas la seule en France à cette époque. Si c’est la fraternité qui rassemble sous le même étendard chacune de ces confréries, c’est la subtilité du terroir qui les distingue.  En effet, la confrérie de l’ordre du tastevin, en plus de promouvoir une dégustation entre amis, souhaite révéler toute la complexité des vins de la région. A l’image des chevaliers de la table ronde, les membres de la confrérie défendront en frères la richesse de leur royaume.

Sous un emblème reconnaissable entre mille, chaque membre de la confrérie porte fièrement, non pas l’épée mais le tastevin. Si son orthographe fait débat, l’objet qu’il nomme met tous les dégustateurs d’accord. Il s’agit d’une petite coupelle de 2 à 3cm de haut, aujourd’hui en argent ciselé, qui permet une dégustation assez objective du vin. Selon les historiens, cet objet a de tous temps existé. Bernard Pivot, dans son dictionnaire des amoureux du vin nous parlera d’un objet dont « l’usage confère à la dégustation l’apparence d’un rite d’initiés ».

Les membres de la confrérie et leurs invités dégustent alors les vins de la Grande Bourgogne, de Chablis et des crus du Beaujolais, en véritables frères, et cela depuis 86 ans.

La Confrérie des Chevaliers du Tastevin et ses événements à part entière

Si l’origine du rassemblement peut paraître poussiéreuse il n’en est rien. Le mouvement a eu le temps de faire quelques tours du monde depuis sa création. Ainsi on dénombre, aujourd’hui, quelque 12 000 membres répartis dans le monde entier.

De nombreux diners, qu’ils nomment « chapitre » sont organisés régulièrement.

Chaque chapitre donne lieu à une intronisation (soit l’adoubement de nouveaux chevaliers du tastevin, hommes et femmes). Les chants des cadets de Bourgogne rythment la cérémonie, rendant ainsi hommage à Noé, Bacchus et Saint Vincent, personnages mythiques de l’histoire viticole.

C’est au Château du Clos de Vougeot que se déroule la plupart des chapitres. Le bâtiment rappel l’origine de l’activité vigneronne, exercée par les moines. Les personnes qui animent la cérémonie font vivre le folklore de la région.

Notons que depuis 1950 s’est développé ce que l’on appelle le « tastevinage ». Cet événement de dégustation permet de labéliser les vins sélectionnés, jugés représentatifs de la Grande Bourgogne, de chablis et des crus du Beaujolais. Les épicuriens auront cette année la chance de vivre la 104e édition du tastevinage.

En conclusion, il est heureux de constater que malgré les tendances à l’individualisme, on trouve de beaux rassemblements. Georges Faiveley et Camille Rodier seraient heureux de savoir que le mouvement qu’ils ont impulsé est inépuisable, car sa dynamique est vertueuse. C’est finalement ça qu’on aime dans le vin : trouver des frères et des sœurs de passion avec qui il est bénéfique de passer du bon temps. Pour ce mois de l’amour, célébrons cette chance d’être bien entourés, de pouvoir partager et apprendre : ensemble !

À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin

Victoria / part de l’ange

Alexis Millardet, le sauveur des vignes européennes

Pierre-Marie Alexis Millardet est connu de tous les jardiniers et de tous les viticulteurs. Ce botaniste du XIXe siècle a marqué la vigne en créant la bouillie bordelaise.

Mot de l’auteure : C’est par l’observation qu’Alexis Millardet a pu mettre en place un traitement efficace pour protéger les vignes. C’est grâce à ses balades qu’il a mis au point un mélange qui a traversé les âges pour être encore employé aujourd’hui. L’aventure de ce botaniste dit une chose à l’amateur de vin : regarde autour de toi, explore, découvre, perd toi, trompe-toi, déguste et aime.

🎙 Écouter ici : Alexis Millardet, le sauveur des vignes européennes

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Alexis Millardet le sauveur des vignobles européennes

Alexis Millardet est un botaniste dont le nom est assez méconnu. Pourtant il est l’inventeur d’un mélange que chaque jardinier du dimanche recommandera et que de nombreux vignerons utilisent encore aujourd’hui.

En effet, Alexis Millardet est l’inventeur de la bouillie bordelaise. Il s’agit d’un fongicide qui assure à la vigne une résistance accrue aux maladies. Il a également contribué à la survie de la vigne alors que les vignobles de France étaient ravagés par le phylloxera. Ces deux innovations ont longtemps été des incontournables. Sur tous les plans le XIXe siècle est une période charnière, forte de ses innovations : la botanique ne fait pas exception.

C’est avec beaucoup de passion et de patience qu’Alexis Millardet a marqué en profondeur le monde du vin. Découvrons le parcours de cet homme discret et plein d’enseignements.

La naissance rapide de la passion d’Alexis Millardet pour la botanique

Né en 1838 à Montmirey-la-ville, dans le jura, le jeune Alexis Millardet se passionne pour la science du vivant. Après des études scientifiques qu’il mène non loin de Besançon il termine sa licence à Paris chez son oncle, qui exerce dans le milieu médical. Son emploi du temps est simple : science dure à l’école et botanique pour son temps libre. Cette implication lui permet d’intégrer la Société des botanistes de France, en 1861.

Son amour de la plante le fait rapidement voyager, notamment en Allemagne, où il poursuit des recherches sur son sujet de prédilection. Dès son retour en France il est fait professeur à université.

 Il enseigne d’abord à Strasbourg, puis à Nancy. Il emporte avec lui dans ses valises, la société des sciences qu’il transfèrera dans ce nouvel établissement.  Sa relation avec la vigne il va la construire tardivement alors qu’Alexis Millardet a 38 ans. Cet intérêt pour les ceps est assez conjecturel d’ailleurs puisqu’il s’explique par un transfert du professeur de Nancy à l’université de Bordeaux en 1876.

Le moment où Alexis Millardet arrive à Bordeaux n’est pas sans importance. En effet, voilà que depuis deux ans le phylloxera contamine les vignobles de France. Le phylloxera est une maladie de la vigne importée des États-Unis par erreur. Il s’agit d’un champignon qui attache la vigne à la racine et l’empêche de croitre. Alexis Millardet dédiera alors sa carrière de botaniste à la recherche de solutions à ce problème. Il aboutira à deux solutions.

Alexis Millardet, l’inventeur de l’hybridation des vignes

 

Pour pallier ce réel fléau Alexis Millardet va mettre assez rapidement au point un nouveau type de vigne : les hybrides. Son processus novateur consiste en un croisement de deux cépages : l’un issu de France (dont l’espèce est la vitis-vinifera) et l’autre venu d’Amérique (et par conséquent plus résistant aux maladies). Ce processus d’hybridation rend alors les ceps de vignes plus résistant sans pour autant que les vignerons ne fassent une croix sur leurs cépages de prédilection. C’est en ce sens qu’Alexis Millardet est considéré comme le sauveur des vignobles européens.

 Si dans un premier temps cette innovation a permis de remettre à flot le vignoble français, les vignes hybrides ont rapidement été décriées. En effet, elles avaient tendance à produire des raisins en très grande quantité, contrairement aux vitis-viniferas. Comme mentionné dans le précédent article, le raisin produit en trop grande quantité impactait l’image qualitative du vin produit. Dès lors, les vignerons ont rapidement pris la décision de ne plus cultiver les vignes hybrides.

Aujourd’hui, certains domaines hors de l’Europe cultivent encore des plants de vignes hybrides. Sur le territoire Français ces dernières sont interdites. Ainsi, les tendances qui se dégagent ces dernières années est l’usage de greffons. 

L’invention de la bouillie Bordelaise, un traitement incontournable

L’hybridation des vignes est une technique assez radicale en soit. Elle implique l’arrachage des plants existants pour en replanter des nouveaux plus résistants. Face à ce constat, Alexis Millardet a mis au point une seconde technique de traitement de la vigne, moins brusque qui est encore utilisé aujourd’hui : la bouillie bordelaise. 

En réalité, l’invention de ce traitement est le fruit du hasard.

Alors qu’Alexis Millardet animait un cours de botanique dans le Médoc, il remarque que les vignes aux abords du Château Ducru-Beaucaillou sont particulièrement vigoureuse. Il se renseigne auprès des propriétaires du domaine qui lui confie qu’ils pulvérisent un mélange de cuivre et de chaux froide sur les plantations afin de dissuader les voleurs de cueillir les raisins. Impressionné par l’efficacité du traitement dissuasif sur la vigne, Alexis Millardet demande s’il peut étudier ce processus sur le long terme. En compagnie d’un ami chimiste il observera l’impact du mélange sur les vignes sur le vignoble du Château Ducru-Beaucaillou et du Château Dauzac. C’est de cette manière qu’a été créé la bouillie bordelaise.

Ce mélange de sulfate de cuivre, d’eau et de chaux froide est une vraie révolution dans le monde viticole. Car cette préparation pulvérisée sur les feuilles de vignes empêche les maladies de se développer : adieu donc mildiou et autre petite bêtes résistantes. Ce traitement préventif intervient au printemps lorsque la vigne est encore fragile.

La bouillie bordelaise n’est pas uniquement employée par les viticulteurs. Les jardiniers et maraichers en sont adeptes, eux aussi. L’usage de ce traitement est cependant critiqué en raison du cuivre. Des directives européennes ont été prises afin de restreindre l’usage de la bouillie bordelaise. Des substituts sont aujourd’hui recherchés pour remplacer la préparation d’Alexis Millardet.

En conclusion, Alexis Millardet décède à Bordeaux en 1902. Il aura laissé une empreinte conséquente dans l’histoire de la botanique et de la viticulture en particulier. Son portrait met en lumière à la fois le pouvoir de la passion et son impact sur le long terme mais également la puissance de l’observation. C’est une noble science qu’est la botanique et c’est plus noble encore de trouver des moyens de préserver cette richesse naturelle. Ces mots raisonnent d’autant plus aujourd’hui, avec toutes les problématiques viticoles liées au réchauffement climatique. Pensez-donc à lui la prochaine fois que vous lèverez votre verre.

À bientôt pour un nouveau portrait de ces personnes qui ont marqué l’histoire du vin

Victoria / part de l’ange